« J’ai le bassin décalé » : Faut-il vraiment le remettre en place ?
- Grynblat Sharone Ostéopathe D.O.

- 1 mars
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 16 mars
« Je crois que j'ai le bassin décalé »
S'il y a bien une phrase qui revient lors des consultations, c'est celle-ci. Cette idée est tellement ancrée qu'elle est devenue une sorte d'explication universelle pour tout mal de dos, de la sciatique à la simple tension lombaire.

Mais d'ou provient cette idée ? Surement une fois quand votre dos était douloureux une personne vous a expliqué que le problème était votre bassin décalé et la solution le remettre en place. En ajoutant une explication des plus douteuse comme quoi si une symétrie parfaite n'est pas présente cela entraine des compensations avec un tiraillement sur votre psoas...
Pourtant, cette vision « mécanique » de notre corps est aujourd'hui largement remise en question par la science. En tant qu'ostéopathe, mon rôle est de vous rassurer : avoir une sensation de décalage ne signifie pas que votre squelette est « tordu » ou qu'un os est sorti de son logement.
Déconstruction : Pourquoi ce que l'on ressent nous trompent ?
Lorsqu'un thérapeute affirme que votre bassin est décalé, il se base généralement sur la palpation. Il cherche des repères osseux avec ses doigts pour comparer la hauteur de chaque côté. Cependant, de nombreuses études démontrent que cet outil n'est pas fiable pour établir un diagnostic précis.
Une étude a été menée en 1998 sur des patients souffrant de douleurs dans la région du bassin.
Des thérapeutes ont examiné manuellement le bassin des patients et ont conclu à un « décalage ». Ils ont effectué par la suite des manipulations pour « remettre en place » le bassin. Après la séance, les thérapeutes ont palpé à nouveau et ont affirmé, avec certitude, que la position du bassin avait changé.
En parallèle, les chercheurs mesuraient la position réelle des os grâce à un appareil d'imagerie très précis. Le résultat ? Le bassin n'avait absolument pas bougé d'un millimètre.
Cette étude prouve que ce que le thérapeute (et le patient) ressentent sous leurs mains n'est pas forcément une réalité anatomique.
Si les experts eux-mêmes n'arrivent pas à se mettre d'accord, c'est que la tâche est complexe. En 2016 parue une revue sur la capacité des professionnels à évaluer la position du bassin.
Les conclusions sont sans appel :
• Peu de cohérence : Que ce soit entre deux thérapeutes différents ou pour un même thérapeute examinant deux fois le même patient, les résultats sont très peu fiables.
• L'expérience ne change rien : Même avec des années de pratique ou un entraînement spécifique, la capacité à détecter un micro-décalage millimétrique reste aléatoire.
L'explication scientifique : Les asymétries du corps peuvent-elles provoquer des douleurs et pourquoi l'on se sent mieux après une manipulation ?
Il n'y a pas de lien entre asymétrie et douleur, bien souvent au cabinet cette association est faites. Alors que votre « Jambe plus courte » ou encore votre « pied plat » ne s'est pas modifiée dans la nuit. Le corps possède une très grande capacité d'adaptation. Ce n'est pas l'asymétrie qui crée la douleur, car les personnes qui ne souffrent pas présentent statistiquement les mêmes décalages que celles qui ont mal.
En ostéopathie, le soulagement vient de mécanismes neurophysiologiques : l'activation du système nerveux, la libération de molécules antidouleur naturelles et l'effet rassurant du soin, plutôt qu'un réel ajustement de bassin.
La nature n'est pas faite de lignes droites et de symétries parfaites. Nous avons tous un pied légèrement plus grand que l'autre, un visage asymétrique, et il en va de même pour notre bassin. Être asymétrique est parfaitement normal.
Exemple concret : Le cas de Monsieur X et sa « hanche haute »
Mr X vient me voir car il est convaincu d'avoir une jambe plus courte. Il a remarqué devant son miroir que sa ceinture semble plus haute d'un côté. Il n'ose plus courir de peur d'aggraver ce « défaut ».
En examinant Mr X, je lui explique que cette différence de hauteur est courante et que son corps s'y est habitué depuis l'adolescence. Sa douleur actuelle est plutôt liée à une période de stress intense et à un manque de mouvement global. En travaillant sur la mobilité de sa colonne et en le rassurant sur la solidité de son bassin, Mr X a pu reprendre le sport. Il est toujours « décalé », mais il n'a plus mal.
Ce qu'il faut retenir : Changez de regard sur votre bassin
• Le bassin ne se « déplace » pas : Sauf accident grave, vos articulations sacro-iliaques sont extrêmement solides et stables.
• Le soulagement est réel : La manipulation ostéopathique fonctionne, mais pas en « remettant des os en place ». Elle agit sur votre système nerveux et vos tensions musculaires.
• L'asymétrie n'est pas une maladie : Vous pouvez être « tordu » et être en parfaite santé ou réaliser des exploits sportifs.
• Bougez sans crainte : Si vous vous sentez « bloqué », le meilleur remède est de remettre du mouvement dans votre corps plutôt que d'essayer de le réaligner de force.
💡Ce qu'il faut retenir : Soyez bienveillant avec votre structure
Votre corps n'est pas une machine fragile qu'il faut régler au millimètre près. Il est une structure vivante, souple et incroyablement résiliente. La prochaine fois que vous entendrez parler de « bassin décalé », rappelez-vous que la symétrie parfaite est un mythe esthétique, pas une nécessité biologique. Mon travail est de vous aider à retrouver du confort et de la liberté de mouvement, quelle que soit la forme de votre bassin.
Sources et références
• Cooperstein R., Hickey M. (2016) : The reliability of palpating the posterior superior iliac spine: a systematic review, Journal of the Canadian Chiropractic Association13.
• Van der Wurff P. et al. (2000) : Clinical tests of the sacro-iliac joint: a systematic review, Manual Therapy13.
• Mitchell T. D. et al. (2007) : The predictive value of the sacral base pressure test in detecting specific types of sacro-iliac dysfunction, Journal of Chiropractic Medicine3.
• Tiens-toi droit ! (Antoine Couly & Olivia Ferrand)



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